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Place et parole des pauvres

dans la continuité de la réco "solidarités" du 24 mars, voici un texte de diaconia 2013 dont Daniel Maciel nous avait cité des extraits dans son intervention de l'après-midi

 
 
 
Groupe
Place et parole
des pauvres
 
 
 
 
 


 
 


 
 
 
 
D’où vient ce groupe « Place et parole des pauvres » ?
 
Le groupe « Place et parole des pauvres » s’inscrit dans la démarche voulue par les Evêques de France d’inviter l’ensemble des chrétiens où qu’ils se trouvent autour du service : c’est-à-dire autour des relations avec les personnes qui vivent des fragilités, des relations des plus fragiles entre eux, et des relations entre les paroisses et les plus pauvres. Durant 3 années les communautés et groupes chrétiens se retrouveront afin, par la suite, de mieux vivre cette dimension.
 
Ce groupe a été voulu par le Réseau Saint Laurent pour que les personnes en difficulté, ayant vécu une expérience de pauvreté, soient associées à la pensée et l’organisation de cette démarche Diaconia 2013. Il est composé de personnes issues des groupes du réseau ayant tous participé à un rassemblement à Lourdes du Réseau Saint Laurent.
 
Six groupes de travail étaient déjà constitués pour contribuer à l’organisation de Diaconia 2013. Ce groupe est le septième et s’est donné le nom « Place et parole des pauvres ».
 
 
 
Des objectifs
 
Au cours de la première rencontre, le 5 novembre 2010, nous avons partagé entre nous les objectifs que nous souhaitions poursuivre.
Nous reproduisons de brefs extraits de cette rencontre.
 
« Des personnes s’approprient l’Eglise pour eux ».
 
« Les gens te regardent de la tête aux pieds… A Lourdes, on te regarde pas comme ça » « Tu as l’impression que tu les déranges ».
 
« J’ai l’impression qu’ils connaissent ma vie ! Je me sens jugé.  Mais ce n’est pas parce que je me sens jugé par la communauté que j’y vais pas et que j’ai pas la foi ! C’est entre Lui et moi. ».
 
« La foi, si tu n’as pas un lieu pour l’enrichir, elle peut flancher. »
 
« Apporter la Bonne Nouvelle : c’est la mission des plus pauvres pour l’Eglise ! »
 
 
 
 
« Quand une personne est un peu trop stigmatisé par ses difficultés, elle est empêchée de s’engager dans la liturgie, la catéchèse… C’est toute la liturgie, toute la catéchèse, la théologie qui sont privées de la parole des pauvres ! ».
 
« On manque à l’Eglise corps du Christ. On manque au Christ. »
 
« Une dame me disait qu’elle préférait s’exclure elle-même tellement c’est douloureux d’être exclu par d’autres. »
 
« J’ai envie de dire à ceux qui sont nés avec un paquet de fleurs dans la bouche : « Ouvrez vos yeux, écoutez les plus pauvres dans l’Eglise. »
 
 
Cette rencontre du 5 novembre a été synthétisée dans un texte prononcé par deux militantes de notre groupe au cours de la conférence de presse présentant Diaconia 2013, le 10 janvier 2011. En voici l’essentiel.
 
Notre but dans le groupe de travail « Place et parole des pauvres » c’est d’associer à la préparation de Diaconia au niveau national des personnes qui ont l’expérience de la précarité et de la pauvreté.
Nous voulons travailler ensemble pour trouver un langage compréhensible de tous. Aussi bien pour ceux qui participent à la messe dans l’église que pour ceux qui font la manche devant. C’est important qu’on puisse dire les choses avec nos mots à nous, on n’est pas tous instruits.
Quand nous nous sommes réunis, quelqu’un dans le groupe a dit : « Ouvrez les yeux, écoutez les plus pauvres dans l’Eglise. » Et quelqu’un d’autre : « On a autant besoin des pauvres que des autres. Il faut donner envie aux gens d’avoir cette rencontre. Il faut oser dire ce qu’on vit et oser dire qui on est. »
Nous voulons réfléchir ensemble à ce qui manque pour que chacun ait sa place, construire ensemble quelque chose qui nous dépasse.
Dans chaque diocèse, il pourrait y avoir un groupe comme le nôtre pour que ceux qui sont blessés par la vie puissent participer à la préparation de Diaconia.
La Fraternité, ce n’est pas seulement voir les pauvres comme des gens qui manquent et qui ont besoin d’être aidés mais comme des personnes qui ont des richesses à partager.
 
 
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Nous nous sommes mis au travail dès le 10 janvier 2011, en travaillant à la fois sur ce que signifiait la place et la parole des pauvres dans l’Eglise, et sur ce qu’était pour chacun de nous l’Eglise.
Les pages qui suivent sont une reprise d’extraits du décryptage de cette rencontre. Nous les avons regroupés en trois thèmes :
le regard et le jugement négatif ;
les pauvres considérés comme insignifiants et pourtant prêts à contribuer ;
l’égalité dans la foi.
 
 
 
C’est bien sûr notre toute première étape ; mais nous la pensons utile pour mobiliser d’autres personnes qui souhaiteraient créer des groupes de réflexion autour de la démarche Diaconia 2013.
 
 
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Note pour la lecture de ce document :
Nous reproduisons le dialogue comme il s’est déroulé, faisant précéder chaque intervention d’un tiret. D’autre part, nous n’avons pas voulu éviter de très rares répétitions.
Nous avons choisi de présenter notre travail sous forme de fragments.
 
 
 
 
REGARD - JUGEMENT
 
 
Si on se réunit c’est pour changer l’ambiance qu’il y a dans les églises, pour que le regard des riches changent sur nous les pauvres. A Noël par exemple les gens m’ont regardé d’un air dédaigneux. Je me suis senti gênée par rapport à des gens qui connaissent ma situation. Et pourtant je suis riche dans mon cœur.
Oui, c’est vrai, à la sortie de l’église, c’est à peine si on nous reconnaît. Dehors on dirait qu’il n’y a plus personne qui existe.
 
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-             Quand j’ai demandé de l’aide à une association pour des papiers, on m’a mise dans la case « on lui demande plus rien ». On n’existe plus, on ne sert plus à rien !
 
-             On est Chrétien ! Ca devrait changer les regards, les mentalités !
 
-             Un curé m’a dit : « Vous n’avez jamais eu l’ambition de faire quelque chose d’autre ? » Il savait que j’avais toujours été femme de ménage. Il y a un jugement, c’est blessant.
 
- Le prêtre, il ne voit que son église, ce qui est dehors il ne le voit pas, pas au-delà !
 
-             A chaque fois qu’on demande de l’aide : « T’es nulle, t’as rien compris ! »
 
-             Mon curé serre la main à l’organiste comme si c’était quelqu’un de très important. Moi quand il me sert la main j’aimerais que ce soit comme ça. Etre reconnu comme ce qu’on est.
 
 
 
 
 
-             Un jour que j’allais à l’église, quelqu’un faisait la manche à la sortie de l’église. Je lui ai dit qu’il pouvait rentrer avec moi dans l’église. Il était surpris. La femme qui s’occupe de la propreté nous a dit qu’il ne fallait pas. Je lui ai répondu. Nous, on est propriétaire, vous, vous êtes locataire.
 
-             Moi aussi j’ai été blessé par l’Eglise.
 
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-             Pour que ça change il faudrait que les gens viennent à nos réunions. Peut-être qu’ils ne se rendent pas compte.
 
-             Qu’ils entendent ce qu’on dit d’eux.
 
-             Avec des réunions comme celle-ci, ça peut les faire changer. Entendre la tristesse et la pauvreté qu’on a dans notre corps, dans notre cœur.
 
 
-             Etre reconnue et ne pas être jugé ! On est pauvre, OK ! mais dans l’Eglise on est tous égaux dans la foi. Dans notre croyance on peut être encore plus riche. En croyant en Dieu il y aura toujours un avenir plus beau ! Quand on arrive en groupe, on est toujours plus valorisé. J’aimerais bien venir de la même manière dans une église quand je viens toute seule et être reconnue pareille. Ce n’est pas parce qu’on est pauvre dans la vie qu’on est pauvre dans le cœur et l’esprit.
 
-             Le plus dur c’est d’y aller vers la personne. Le premier geste c’est de dire bonjour, surtout devant la personne. Franchement, moi j’y arrive pas sauf si je connais. Dans le groupe où je vais souvent, je pense pas qu’on se critique ; on est tous dans les mêmes problèmes, on se connaît, on s’aide, on est tous au même niveau.
 
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-             J’ai l’impression que c’est toujours les mêmes qui font les lectures à l’église. J’ai déjà demandé, et le curé il m’a dit : « On verra », et il m’a jamais demandé. Des fois ils nous prennent pour des gourdes ! Je me demande s’ils nous croient quand on raconte ce qu’on vit.
 
-             Les seules fois où j’ai eu l’occasion de lire, c’est à Villariès, avec Chrétiens Quart Monde. On m’a aussi demandé de lire devant la grotte à Lourdes, ça a été un moment très fort. C’est inoubliable. Et aussi quand on m’a demandé de témoigner une parole sur moi, et c’était aussi très fort !
 
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(Parlant d’une intervention qu’il avait faite à une session, un des membres de notre groupe a remarqué) :
Je ne savais pas qu’avec les mots qu’on a dit, ça pouvait toucher des gens.
 
 
 
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« QUAND TU N’AS RIEN,
TU AS TOUJOURS QUELQUE CHOSE A DONNER »
 
 
-             Mon rêve par rapport à l’Eglise ? Qu’il y ait une très grande entraide, un jour c’est l’une qui donne, un jour c’est l’autre. J’aimerais aussi que quand on donne une aide à quelqu’un qui en a besoin, on puisse lui demander quelque chose. Quand les bénévoles disent : « Quand on est avec des gens pauvres, on reçoit », c’est indéterminé. Il faudrait qu’ils montrent ce que les pauvres donnent.
 
-             Nous, on pourrait nous proposer de faire la prière universelle. Est-ce qu’on a besoin de prières bien écrites ou de prières qui sortent du cœur ? Moi, je suis toujours mal quand on lit la prière universelle. Par exemple, j’ai entendu : « Les exclus de la société sont touchés dans leur dignité : faute de logement, faute de revenus, et manquant de tout, ils ne peuvent ni accueillir ni donner. » Proclamer ça dans l’église, c’est affreux ! Moi j’ai trouvé ça affreux parce que ça stigmatise toute une catégorie de population comme si la pauvreté t’empêchait de donner, alors que mon expérience de pauvreté c’est tout le contraire ! Je l’ai dit, on m’a répondu qu’on ne pouvait pas changer car c’était mieux écrit. A la fin de cette prière, on disait qu’il fallait réaliser qu’ils sont les premiers dans le cœur de Dieu (ndlr : le texte exact était : « Pour que les plus pauvres découvrent qu’ils sont les plus aimés du Seigneur, ensemble prions. »)
Mais si c’est cela Dieu, ça n’est pas mon Dieu !
 
-             J’ai vu qu’avec les mots que je dis je peux transformer les gens. La parole cela donne un sens à quelqu’un.
 
-             On voit bien que Diaconia 2013, chez moi, s’adresse à ceux qui sont engagés dans une organisation d’entraide, des bénévoles ! Nous, les pauvres, on sent bien qu’on sera pas invité dans ces organisations. Mais Diaconia, ça concerne tout les chrétiens !
 
-             On a envie d’aider l’Eglise.
 
 
 
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EGAUX DANS LA FOI ?
 
 
-             Tout le monde a un rôle.
 
-             A une rencontre de plusieurs groupes, j’ai entendu deux théologiens dire : « Chacun a une parole de Dieu à chaque moment de sa vie, a une découverte personnelle de Dieu, et

 
 
les pauvres en ont une ! » Là j’ai compris. Je me suis sentie valorisée, comme ayant une parole. Là j’ai senti qu’on avait une place de valeur. Il faudrait que ça se fasse en prison, avec les gens de la rue.
Dans ces groupes, quand quelqu’un a du mal à parler, on l’écoute parler.
 
-             Etre reconnu comme ce qu’on est.
 
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-             Je fais partie du groupe liturgique à la paroisse, et quand il y a des réunions on ne me prévient pas des dates de réunions. C’est comme si je n’existais pas, je n’ai pas d’importance. On peut disparaître, qui va s’en inquiéter ?
 
Une femme a été obligée de me serrer la main à la messe la dernière fois ; j’ai eu ses trois enfants au caté et elle est devenue bénévole à la banque alimentaire. Quand elle m’y a rencontrée, depuis elle m’évite, je ne suis pas bonne à grande chose, elle me regarde plus, et même à l’église.
 
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-             Mon grand-père quand il est décédé y’avait personne, alors qu’il était connu. Personne n’est venu. Je suis allé à l’endroit qu’il fréquentait et je leur ai dit leurs quatre vérités !
 
-             Une dame de 38 ans. On était 20 à son enterrement. Les gens ne sont pas venus parce qu’elle buvait.
 
-             Cet été, un homme de la rue est décédé jeune. Y’avait pas un prêtre à l’enterrement, le curé n’était pas là, il n’avait pas de temps. La semaine de Noël, la mère de l’organiste est décédée, il y avait deux prêtres. Daniel aussi était chrétien, il allait à l’église quand il s’est remis en logement.
 
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-             On est pauvre, OK ! mais dans l’Eglise on est tous égaux dans la foi.
Ce n’est pas parce qu’on est pauvre dans la vie qu’on est pauvre dans le cœur et l’esprit. Je suis riche dans mon cœur.
 
-             Je n’ai pas de place aujourd’hui dans l’Eglise. J’ai juste la place quand je suis seule dans l’église, car je viens voir le Seigneur.
 
-             Ma place dans l’Eglise, c’est d’être avec tout le monde, mélangé !
 
-             Que les riches ils restent avec leurs sous dehors, et qu’ils rentrent dans l’église comme nous, pauvres. Moi, je peux pas être riche comme eux.
 
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-             Je me demande s’ils nous croient quand on raconte ce qu’on vit ?
 
 
 
-             Tout le monde a quelque chose à dire !
On peut presque enseigner les gens. Dans des lieux où les gens ont envie d’écouter.
 
-             Pour moi, à l’origine de ma foi, c’est la phrase : « Dieu créa l’Homme à son image ». L’Homme est habité de Dieu par l’Esprit Saint. Tout ce que l’homme fait de bien c’est Dieu qui le fait en nous.
 
 
 
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Plusieurs textes de l’Ecriture ont été cités :
 
-             La paille et la poutre (Lc §, 41).
-             L’épisode la veuve de Sarepta (1 R 17), repris par Jésus (Lc 4, 25-26) avec ce commentaire : «  C’est comme ça les pauvres. »
-             Le grain de Sénevé (Mt 13, 31-32).
-             Le figuier stérile (Lc 13, 6-9), avec ce commentaire : « Il faut le nourrir et y croire car il ne donnait plus de fruits. »
 
 
 
 
 
 
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Article publié par catherine priester • Publié Lundi 04 avril 2011 • 2315 visites

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